AFRIQUE/ SOCIAL/ PAUVRETE : sur les causes de la perversion des sociétés africaines (argent, corruption, drogue, tribalisme, crimes rituels….)

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0.1 – L’argent et le pouvoir en Afrique : L’argent est devenu une donne qui revient sans cesse de nos jours, surtout en Afrique, dans nos États démocratisant. Être candidat à une élection n’est plus à la portée de tous. Avec les cautions élevées obligatoires à déposer avant d’être par exemple élu président, et les subventions étatiques des campagnes électorales, on se rend bien compte que le jeu démocratique est désormais l’affaire des hommes de partis politiques, et surtout des hommes d’argent.

Cette hypocrisie du système démocratique empêche bien évidemment le peuple d’être davantage impliqué dans la chose publique. Pas de démocratie pour les sans argent : La démocratie devait laisser toute entrée libre dans le sanctuaire politique au peuple, sans corser par des garde-fous à caractère pécuniaire cet accès idéologiquement ouvert à tous, comme ça devait l’être pour la liberté d’expression. Mais, la pauvreté du peuple ne lui donne pas tout le pouvoir. »

 

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0.2 – «Afrique/Rwanda : Le Rwanda traque la corruption et les détournements de fonds publics : Au Rwanda, le ministère de la Justice a publié une liste de près de 300 agents de l’Etat condamnés pour détournement de fonds ou mauvaise gestion et à qui il va être réclamé un remboursement. Le Rwanda a subi de plein fouet la suspension des aides internationales et est en recherche constante d’argent pour se financer. Le Rwanda n’est pas un pays riche, il « ne peut pas se permettre d’être corrompu », c’est en ces termes que le président rwandais Paul Kagame s’est adressé au Parlement la semaine dernière, appelant à ce que les fraudeurs soient obligés de rembourser les deniers de l’Etat. A la suite de ces déclarations, cette semaine, le ministère de la Justice a publié une liste de près de 300 fonctionnaires condamnés au pénal depuis 2012 pour détournement de fonds ou mauvaise gestion et auxquels l’Etat réclame désormais un remboursement. »

 

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0.3 – « Afrique/ Crimes rituels/ sur l’autel de la puissance et de l’impunité : Enfants kidnappés, albinos massacrés, cadavres mutilés… Pour s’attirer fortune et pouvoir, certains monnaient cher cérémonies macabres ou trafics d’organes. Enquête sur un scandale qui, étrangement, refait surface avant chaque élection. C’est une litanie fortement déconseillée aux âmes sensibles, un long martyrologue dont les journaux du continent font leur miel, la chronique d’une barbarie ordinaire et terriblement actuelle. »

  

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1 – Fait divers : braquage d’un avion de South African Airways à Johannesburg

 

Des malfaiteurs, déguisés en policiers et se déplaçant à bord de deux voitures de police, ont pénétré mardi soir sur le tarmac de l’aéroport OR Tambo de Johannesburg pour braquer un avion-cargo de la compagnie South African Airways. Ils ont neutralisé les agents de sécurité et et emporté une caisse de 24 millions de rands (environ 1,9 millions de dollars US) que devait transporter l’avion-cargo. Aucun coup de feu n’a été tiré, aucun blessé, un braquage parfait en somme. Ce fait divers remet en cause la sécurité et la sûreté de l’aéroport sud-africain et devient aujourd’hui un sujet de débat politique national.

 

Le principal parti de l’opposition en Afrique du sud, l’Alliance démocratique (DA), dénonce le laxisme du gouvernement du Président Jacob Zuma. Ses membres réclament toute transparence dans l’enquête sur ce braquage. L’opposition et la presse soupçonnent des complicités au sein de la police : Comment les malfaiteurs ont pu se procurer des uniformes de policiers et les deux véhicules de police ? Comment ont-ils pu passer sans problème toutes les barrières de contrôle de l’aéroport ? 

 

La police sud-africaine s’en défend en estimant que les braqueurs ont certainement bénéficié d’informations confidentielles du personnel de l’aéroport. Pour l’heure, aucune arrestation n’a eu lieu, seuls les deux des véhicules ayant servi au braquage ont été retrouvés dans un township de Pretoria. 

 

Publié le 12 mars 2017/ par Thierry Blancmont dans Actualité/

 

http://www.air-journal.fr/2017-03-12-fait-divers-braquage-dun-avion-de-south-african-airways-a-johannesburg-5178414.html

 

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_ Quatre arrestations après un braquage sur un aéroport de l’Afrique du Sud

 

Quatre personnes, dont un policier, ont été arrêtées une semaine après le vol spectaculaire de plusieurs millions de rands sur le tarmac de l’aéroport de Johannesburg, a annoncé mardi le chef de la police sud-africaine. Le 7 février au soir, un commando lourdement armé est parvenu à dérober une palette d’argent liquide qui devait être chargée à bord d’un avion-cargo au départ de l’aéroport international Oliver-Tambo.

 

Le montant du butin, des petites coupures de devises étrangères, n’a pas été dévoilé par la police. Mais les médias sud-africains l’estiment à 24 millions de rands (1,7 million d’euros). Selon la police, les braqueurs sont parvenus à entrer dans la zone de chargement, dont l’accès est restreint, revêtus d’uniformes de police et dans un véhicule maquillé de fausses plaques de police.

 

Lors d’une conférence de presse télévisée mardi, le patron de la police sud-africaine (SAPS), le général Khomotso Phahlane, a annoncé l’arrestation de quatre suspects. Deux d’entre eux ont déjà été déférés devant un tribunal et inculpés et les deux autres étaient toujours interrogés mardi soir, a indiqué le général. « Il est tout à fait regrettable que l’un de nos hommes fasse partie de ces deux-là », a-t-il déploré. La police a indiqué être toujours à la recherche du butin.

 

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Ce braquage a relancé le débat sur la criminalité en Afrique du Sud, l’opposition déplorant l’échec du gouvernement en la matière. En 2006 déjà, un commando avait réussi à dérober 100 millions de rands (7 M euros) en devises étrangères à bord d’un avion sur le même aéroport international de Johannesburg. L’essentiel du groupe avait été arrêté et condamné en 2012.

 

Avec AFP/ 14 mars 2017

 

http://www.voaafrique.com/a/afrique-du-sud-braquage-arrestation-vol-police/3765810.html

 

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2 – La faillite des élites en Afrique subsaharienne

 

En Afrique subsaharienne le bilan des élites politiques est peu reluisant. Malgré quelques avancées, comme l’attestent aujourd’hui l’exemple de la réussite de l’alternance démocratique au Sénégal après une certaine crispation et le modèle de la démocratie apaisée du Botswana dans le cadre d’un bien-être collectif relatif de la population, la situation générale de l’Afrique laisse à penser que le devoir des élites modernes, qui consiste à conduire et à réaliser le projet de l’émancipation et du bien être communs, en articulant judicieusement la tradition et la modernité dans une synthèse originale, n’a pas été globalement accompli.

 

L’enthousiasme qui célèbre, en ce moment, le succès de la démocratie formelle au Sénégal ne doit pas faire oublier comme le souligne aujourd’hui un article du journal Le Monde que « Wade laisse ce pays pauvre dans un état médiocre : beaucoup de corruption, un secteur public accumulant les déficits, un chômage des jeunes désespérant. La croissance, ces dernières années, a été faible ; sur quelques 13 millions de Sénégalais, un sur deux est sous le seuil de pauvreté ».

 

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De même, la condamnation unanime des putschistes maliens qui viennent de porter un coup à la démocratie malienne ne doit pas non plus faire oublier que cette démocratie n’a pas permis de réaliser la justice sociale et d’abattre la misère qui est à la source du putsch actuel autant qu’à celle de l’insurrection touareg. Or cette situation de misère et d’injustice sociale qui génère l’instabilité politique s’inscrit dans une longue continuité historique. Un peu partout en Afrique, les bourgeoisies nationales et les intelligentsia locales, qui avaient pris la direction des Etats postcoloniaux s’étaient, dès le lendemain des Indépendances, invariablement transformées en une aristocratie administrative corrompue qui perpétuait à son profit les privilèges coloniaux.

Sous la forme des partis uniques, les Etat postcoloniaux s’étaient dans la plupart des pays mués en machines autoritaires, répressives, insoucieuses du bien public et indifférentes à la dégradation des conditions de vie du plus grand nombre.

 

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Aujourd’hui, les élites politiques modernes semblent largement engagées dans un processus de blocage du mouvement de démocratisation ou de sa perversion sous la forme de la démocratie du partage du pouvoir entre des obédiences politiques sans idéologie ni programmes communs que tout oppose. La lutte politique se réduit à une compétition entre les élites en vue de s’approprier les appareils d’Etat pour s’aménager des voies d’accès à la richesse et au prestige personnels. A cette fin, les populations sont instrumentalisées au moyen de l’ethnicisation de la politique, de la manipulation du régionalisme, du confessionnalisme, et du séparatisme…

 

Source : afrik.com/ samedi 31 mars 2012 / par Alexis Dieth, pour l’autre afrik

 

http://www.afrik.com/article25213.html

 

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3 – Le Rwanda traque la corruption et les détournements de fonds publics

 

Au Rwanda, le ministère de la Justice a publié une liste de près de 300 agents de l’Etat condamnés pour détournement de fonds ou mauvaise gestion et à qui il va être réclamé un remboursement. Le Rwanda a subi de plein fouet la suspension des aides internationales et est en recherche constante d’argent pour se financer. Le Rwanda n’est pas un pays riche, il « ne peut pas se permettre d’être corrompu », c’est en ces termes que le président rwandais Paul Kagame s’est adressé au Parlement la semaine dernière, appelant à ce que les fraudeurs soient obligés de rembourser les deniers de l’Etat.

A la suite de ces déclarations, cette semaine, le ministère de la Justice a publié une liste de près de 300 fonctionnaires condamnés au pénal depuis 2012 pour détournement de fonds ou mauvaise gestion et auxquels l’Etat réclame désormais un remboursement. Certains ont déjà été condamnés au civil, d’autres pas encore.

 

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Pour Pierre Celestin Bumbakare, à la tête du service juridique du ministère de la Justice, la publication de cette liste devrait notamment permettre à l’Etat d’être remboursé tout en évitant de coûteuses actions en justice : « On voulait inciter ces personnes à venir elles-mêmes payer l’argent qu’elles doivent à l’Etat sans toutefois attendre que l’on puisse engager certaines actions en justice. Deuxième raison, il y a parfois des personnes que l’on ne peut pas trouver facilement alors nous publions ces listes pour que ces personnes ou les gens qui les connaissent puissent nous dire où elles se trouvent. »

 

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Pour chaque affaire, les sommes dues vont de quelques euros à quelques dizaines de milliers d’euros pour un total d’environ 900 000 euros. La semaine dernière déjà, la police avait annoncé l’arrestation de l’ancienne directrice générale de la Caisse sociale pour mauvaise gestion. Une décision qui avait surpris au pays des Mille collines et qui avait été dénoncée par des détracteurs du gouvernement.

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140917-le-rwanda-traque-corruption-detournements-fonds-public

 

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4 – L’argent et le pouvoir en Afrique.

 

L’argent est devenu une donne qui revient sans cesse de nos jours, surtout en Afrique, dans nos États démocratisant. Être candidat à une élection n’est plus à la portée de tous. Avec les cautions élevées obligatoires à déposer avant d’être par exemple élu président, et les subventions étatiques des campagnes électorales, on se rend bien compte que le jeu démocratique est désormais l’affaire des hommes de partis politiques, et surtout des hommes d’argent. Cette hypocrisie du système démocratique empêche bien évidemment le peuple d’être davantage impliqué dans la chose publique.

 

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_ Pas de démocratie pour les sans argent.

La démocratie devait laisser toute entrée libre dans le sanctuaire politique au peuple, sans corser par des garde-fous à caractère pécuniaire cet accès idéologiquement ouvert à tous, comme ça devait l’être pour la liberté d’expression. Mais, la pauvreté du peuple ne lui donne pas tout le pouvoir. Karl Marx résumait fidèlement cette situation en écrivant ceci : «  Les qualités de l’argent sont tout aussi grandes qu’est la force de l’argent. Les qualités de l’argent sont mes qualités et mes forces essentielles-à moi son possesseur (…) je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience, sans esprit, mais l’argent est vénéré, donc aussi son possesseur, l’argent est le bien suprême (…) Moi qui par l’argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, est-ce que je ne possède pas tous les pouvoirs humains ? » .

 

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_ Money is a power !

L’argent confère le véritable pouvoir au sein des Hommes. Un pauvre même doté d’un pouvoir politique n’en demeure pas moins pauvre, parce que sa marge de manœuvre reste étroite et son pouvoir très limité. Le pouvoir de l’argent engendre une inégalité économique qui influence dangereusement l’égalité politique. La démocratie ne s’apparente t-elle pas à une illusion tant que l’égalité politique n’entraînera pas l’égalité économique ?

 

David-gone / Oct 14, 2015/

 

http://www.afrique-sur7.fr/7116/largent-et-le-pouvoir-en-afrique/

 

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5 – Chez Souad, haut lieu du proxénétisme marocain en Côte d’Ivoire

 

Une odeur de cacao, chaude et douce, flotte dans les rues de la Zone 4 de la commune de Marcory, à Abidjan. Christian, le gardien de nuit burkinabé « le plus ancien et le plus respecté » du quartier, interrompt son jeu de cartes. Un 4×4 aux vitres fumées attend à l’angle de la rue Paul-Langevin et d’une ruelle sans nom. « Le Maroc, c’est par là, patron ! » lance le gardien de 55 ans au conducteur, comme s’il existait un découpage géographique de la prostitution. Comme si, dans ces deux rues qu’il protège depuis trente ans, se cachait un petit morceau du territoire marocain, impénétrable ou presque, dont les plaisirs ne sont réservés qu’à une poignée de privilégiés. « Aux Arabes », précise Christian.

 

Le conducteur, un Libanais de 38 ans, est accueilli devant un mystérieux cabaret sans enseigne, planqué entre les deux rues. Il salue un homme vêtu de l’uniforme des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) puis traverse la « frontière ». Bienvenue chez Souad, le bordel oriental le plus populaire d’Abidjan. Ou plutôt, « marhaba » (« bienvenue », en arabe). Ici, on ne parle français que pour commander un verre aux serveurs, les seuls Noirs autorisés. L’éclairage est tamisé, la musique assourdissante. Ce samedi soir, un chanteur syrien – une star dans son pays avant la guerre, selon la rumeur – interprète un mélange de musique orientale et de dabkeh libanais. Une bande de filles se déhanche lascivement sur la piste, d’autres fument un narguilé près du bar.

 

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_ De 80 000 à 100 000 francs CFA la passe

Elles sont là, les prostituées marocaines d’Abidjan. Perchées sur leurs talons aiguilles, en minijupe ou en robe transparente, les sourcils tracés au crayon noir et le visage couvert de talc pour rehausser cette blancheur si recherchée. Tous les ingrédients sont réunis pour séduire des clients fortunés, libanais, mais aussi saoudiens, émirati, ou maghrébins. Ces « escort de luxe », comme elles aiment à se décrire, ont entre 22 et 30 ans, la plupart originaires de Casablanca et ses banlieues, et pratiquent les tarifs les plus élevés de la métropole. De 80 000 à 100 000 francs CFA la passe (entre 120 et 150 euros). « Si tu préfères les Ghanéennes ou les Nigérianes, va à Yopougon ! » ont-elles coutume de répondre à un prétendant trop regardant. En dialecte libanais ou en arabe du Golfe, elles s’adaptent.

 

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« Si tu préfères les Ghanéennes ou les Nigérianes, va à Yopougon ! »

Les transactions passent par Souad, la cinquantaine, patronne des lieux et maquerelle en chef. Elle fixe les prix, trouve les clients. Comme tous les soirs, cette femme de poigne passe la première partie de soirée à L’Oriental, un restaurant marocain qu’elle possède également, non loin de là, et géré par son frère cadet, « Monsieur Mohammed » alias « Simou ». Ce même endroit organise les repas de rupture du jeûne pour la communauté musulmane pendant le mois de Ramadan.

 

L’affaire de famille est née il y a près de vingt ans. Originaire de Marrakech, Souad y a tenu pendant plusieurs années un bar qui servait de lieu de rencontre entre prostituées et clients. « Au Maroc, la prostitution est généralement autonome, analyse l’anthropologue Mériam Cheikh, chercheuse à l’université d’Edimbourg. Il n’y a pas de réseaux de maquereaux mais ce qu’on appelle des qouada, des intermédiaires qui mettent à disposition des lieux d’exercice ou un carnet d’adresses mais ne gèrent pas les filles. » A la fin des années 1990, après la fermeture forcée de son bar pour des raisons restées obscures, Souad rejoint une nouvelle catégorie de proxénètes. « Une fois passée la frontière marocaine, une logique de réseau se met en place, poursuit l’anthropologue. Un système presque mafieux puisqu’on recrute et on organise le déplacement de ces filles et leur vie sur place. »

 

Alors que ses concurrents se dirigent vers le Golfe, Souad décide de s’installer à Abidjan. Les Libanais d’Afrique de l’Ouest, issus de plusieurs vagues d’émigration, sont à l’affût de prostituées « blanches », de préférence arabophones. En Côte d’Ivoire, ils sont 60 000 selon l’ambassade, soit la plus grosse communauté libanaise en Afrique. Chez Souad ouvre ses portes en 1997, le succès est immédiat. En 2001, la maquerelle fait appel à son frère pour gérer L’Oriental, tout juste inauguré. Jusqu’à présent, ni le restaurant ni le cabaret n’ont été inquiétés par les autorités.

 

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_ « On m’a confisqué mon passeport »

La Côte d’Ivoire offre un cadre idyllique pour la prostitution marocaine. La loi ivoirienne condamne le proxénétisme et le racolage, pas la prostitution. Et la coopération économique entre les deux pays a facilité les déplacements. La compagnie aérienne marocaine opère au moins un vol direct par jour depuis Casablanca, tandis que les Marocains peuvent séjourner trois mois en Côte d’Ivoire sans visa. « Quand il y a des mouvements économiques entre deux pays, ça entraîne forcément des mouvements migratoires. Les banques et les entrepreneurs s’installent, les prostituées aussi. C’est un élément intrinsèque de l’immigration », indique, à Paris, la psychologue Hinde Maghnouji, auteure d’une étude sur la prostitution marocaine. C’est ainsi que Souad fait venir ses Marocaines depuis vingt ans.

 

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« Je suis venue ici trois mois, pour me faire de l’argent et aider mon père atteint d’un cancer »

 

Ce samedi soir, dans le cabaret, elles sont une douzaine à « traquer une proie », comme on dit ici. Tout juste arrivée, Zineb a encore du mal à se frayer un chemin. « J’exerçais aux Emirats, mais je me suis fait expulser du territoire. De retour au Maroc, on m’a parlé de Souad. Alors je suis venue ici trois mois, pour me faire de l’argent et aider mon père atteint d’un cancer », raconte la Marocaine de 26 ans. Souad a avancé son billet d’avion, qu’elle retiendra sur sa paye, et passé le même accord qu’avec les autres filles : 50 % sur la totalité des gains. « Je dois aussi payer un loyer », explique Zineb en levant les yeux au ciel.

 

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Là-haut, justement, c’est là qu’elles vivent. Dans des dortoirs aménagés à l’étage du cabaret. « Quand je suis arrivée, Souad m’a confisqué mon passeport. Depuis, je n’ai le droit de sortir d’ici qu’une fois par jour, pour aller dans le café à chicha d’en face ou pour faire un jogging autour du pâté de maisons, histoire de garder la ligne. » Zineb doit tenir encore deux mois et demi. Mais la concurrence est rude : « Les filles sautent sur tous les clients. Souvent, elles en arrivent aux mains. » En face, un groupe de jeunes Libanais titubants s’apprête à quitter les lieux en compagnie de deux Marocaines. « On entend parler de ces bordels depuis qu’on est petits », confient Ali et Hassan, 26 et 23 ans, deux frères nés à Abidjan et originaires d’un village chiite dans le sud du Liban. Si Souad reste une icône du monde de la nuit, la maquerelle n’est pas seule sur le marché.

 

D’autres bars de la Zone 4, souvent gérés par des femmes, sont spécialisés dans le trafic de prostituées marocaines, mais aussi algériennes et tunisiennes. Au Taboo Club, rue du 7-Décembre, on croise également des clients ivoiriens ou des expatriés. Là-bas, une autre catégorie de prostituées s’est imposée : les Marocaines « free-lance », bêtes noires des proxénètes d’Abidjan.

 

Par Ghalia Kadiri (Abidjan, envoyée spéciale) / LE MONDE Le 02.04.2017 / Mis à jour le 03.04.2017/

 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/02/chez-souad-haut-lieu-du-proxenetisme-marocain-en-cote-d-ivoire_5104711_3212.html

 

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6 – En Côte d’Ivoire, le trafic de drogue aux mains de la mafia nigériane

 

Abidjan underground (5/6). Pour les narcotrafiquants nigérians, les fumoirs ivoiriens ne sont qu’un maillon parmi d’autres d’un commerce sans frontières. Il est 22 heures quand le « patron » du fumoir arrive. Plusieurs liasses de billets sont soigneusement alignées sur une vieille table en bois. La petite cabane où se fait la transaction surplombe le fumoir du « Wanch », un ghetto pour toxicomanes comme il en existe une centaine, à ciel ouvert, au cœur d’Abidjan. Tous les soirs, le propriétaire vient récupérer la recette de ce business lucratif qui alimente quotidiennement l’addiction de près de 150 sans-abri, piégés dans l’enfer de la drogue. Le patron vérifie l’état des stocks, gère l’approvisionnement. Il est Nigérian, comme la plupart des trafiquants à la tête des réseaux de drogue en Côte d’Ivoire.

 

Le chiffre d’affaires quotidien du Wanch avoisine les 4 millions de francs CFA (plus de 6 000 euros), d’après les dealers qui revendent la marchandise sur place. Le Nigérian, appelé « patron », redistribue une partie des gains à son équipe de jeunes Ivoiriens rémunérés à la journée : guetteurs, dealers et gérants du fumoir, dits « babatchés ». Une autre partie des bénéfices est reversée à la police, chargée de la sécurité à l’intérieur du fumoir. Discret, presque invisible, l’homme d’une cinquantaine d’années n’a jamais donné son nom. « Il n’est pas le seul dans le business, assure un membre de l’équipe sous les commandes du « patron » depuis près de six ans. Ils sont plusieurs Nigérians. Ils blanchissent l’argent dans des bars et ont leur propre réseau de prostitution, avec des filles ramenées de chez eux. »

 

Depuis plusieurs décennies, le crime organisé nigérian a pris possession du trafic de drogue en Afrique de l’Ouest. « Les organisations criminelles nigérianes sont si structurées dans l’espace et dans le temps qu’elles constituent de véritables mafias », indique Michel Gandilhon, chargé d’études à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Structurée et implantée dans le trafic de stupéfiants à l’échelle internationale, la mafia nigériane serait née dès les années 1950, lorsque les contrebandiers libanais ont utilisé pour la première fois l’Afrique de l’Ouest comme zone de transit pour acheminer jusqu’aux Etats-Unis l’héroïne produite en Asie.

 

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_ Plaque tournante

A partir des années 1980, les trafiquants nigérians ont commencé à transporter le cannabis produit localement ainsi que la cocaïne sud-américaine vers l’Europe. « Depuis lors, les trafiquants nigérians et ghanéens se sont établis avec succès partout dans le monde, y compris dans les pays ouest-africains. Ils ont développé des partenariats au Bénin, en Côte d’Ivoire et ailleurs », écrivait l’historien Stephen Ellis dans son livre This Present Darkness (éd. Hurst, 2016, non traduit) sur le crime organisé au Nigeria.

 

Grâce à sa position géographique privilégiée, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante du trafic de drogue destinée au marché européen. « C’est un terrain idéal pour les trafiquants car les Etats sont faibles et les fonctionnaires plus facilement corruptibles. Surtout, ils profitent de l’insertion de l’Afrique de l’Ouest dans le commerce mondial », analyse Michel Gandilhon. La mondialisation des flux de marchandises a entraîné la modernisation des grands ports de la région comme San Pedro, Dakar, Conakry, Lagos ou Cotonou, par lesquels la cocaïne arrive de Colombie, en passant par le Brésil, via les porte-conteneurs.

 

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Mais les routes par lesquelles la drogue est acheminée vers la sous-région restent extrêmement diversifiées, rendant la tâche compliquée aux services répressifs. D’autant que les accords de libre circulation au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) facilitent l’activité des passeurs. Selon le rapport 2015 de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), les côtes africaines sont également un point d’arrivée de l’héroïne cultivée dans les champs afghans. Les réseaux nigérians ont mis en place un pont aérien entre l’Asie et l’Afrique de l’Est, puis à l’intérieur du continent en survolant d’est en ouest la zone sahélienne.

 

Les flux de cocaïne en Afrique de l’Ouest.

Les flux de cocaïne en Afrique de l’Ouest. Crédits : ONUDC (2013)

 

Une fois arrivée au Nigeria et dans les pays alentour, une grande partie de la drogue est transportée en Europe via la route dite « africaine » : elle remonte jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par le Maroc. Ces dernières années, plusieurs ressortissants nigérians, faisant office de mules, ont été arrêtés en possession de stupéfiants à l’aéroport de Casablanca. L’accès au continent européen se fait aussi par la Libye, devenue une zone grise propice à toutes sortes de trafics.

 

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_ La drogue du pauvre

Et puis il y a la drogue qui reste sur place, laissée aux mains des petits trafiquants nigérians et de leurs complices locaux pour alimenter un marché émergent en Afrique de l’Ouest, jusque dans les fumoirs d’Abidjan. Là, l’héroïne est fractionnée en petites doses et vendue à moindre coût pour s’adapter à un niveau de vie beaucoup plus faible qu’en Europe. La cocaïne est transformée en crack, la drogue du pauvre. « Les trafiquants nigérians ont mis en place des centres opérationnels à Cotonou et à Abidjan, où des locaux gèrent le narcotrafic », expliquait Stephen Ellis dans l’ouvrage cité plus haut. Dans des petits laboratoires situés à Riviera, un quartier d’Abidjan, des préparateurs ivoiriens transforment tous les jours la poudre en cailloux de crack grâce à une formule simple à base d’eau et d’ammoniac, avant de les revendre dans les fumoirs.

 

En traversant sans cesse l’Afrique de l’Ouest, la drogue a fini par toucher les populations de ces pays, augmentant considérablement leur consommation de psychotropes. Gangrenés par la misère, les fumoirs ivoiriens sont les plus touchés par le fléau de l’héroïne et du crack. Mais la drogue, de plus en plus accessible et diversifiée, se vend dans tous les milieux. Les statistiques de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) montrent que l’usage de la cocaïne en Afrique a doublé entre 2004 et 2011. « Il y a désormais un marché pour la cocaïne, avec l’émergence, certes lente et chaotique, d’une classe moyenne engendrée par les taux de croissance relativement élevés de la dernière décennie », commente Michel Gandilhon.

 

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Alors que les experts s’inquiètent de la montée du narcotrafic ouest-africain, craignant une déstabilisation de la région pouvant alimenter les groupes djihadistes locaux, un nouveau marché est en pleine expansion : le commerce de la méthamphétamine. Depuis quelques années, le Nigeria est devenu une zone de fabrication de cette drogue de synthèse très addictive. Entre 2011 et 2015, dix laboratoires clandestins de fabrication de méthamphétamine ont été démantelés au Nigeria.

La Côte d’Ivoire, le Bénin, la Gambie, le Ghana et le Mali sont également soupçonnés d’être impliqués dans la production régionale. Exportée vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie, cette substance est aussi largement consommée localement dans les pays d’Afrique de l’Ouest, entraînant toujours plus de dépendance chez les populations les plus vulnérables.

 

Par Ghalia Kadiri (Abidjan, envoyée spéciale) / LE MONDE Le 06.04.2017/

 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/06/en-cote-d-ivoire-le-trafic-de-drogue-aux-mains-de-la-mafia-nigeriane_5107002_3212.html

 

 

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7 – A Kano, dans le nord du Nigeria, un « ange » face au fléau de la drogue

 

Aboubakar est un « survivant ». Ancien « junkie », il vient en aide aux enfants de la deuxième ville du Nigeria, gangrenée par les trafics. Aboubakar n’a que 35 ans et se décrit comme un « survivant ». Ce colosse souriant parle anglais avec les mêmes manières qu’un de ces rappeurs californiens qu’il écoute à fond dans sa camionnette, à la peine pour avancer dans des venelles défoncées. Ici, c’est Kano, la grande ville du nord du Nigeria, où les affaires se font en cash avec des clients venus de tout le Sahel et où la loi islamique, la charia, s’applique depuis seize ans, avec plus ou moins de souplesse.

 

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(Emir Of Kano Lamido Sanusi : spiritual authority)/

 

La deuxième cité du Nigeria est son « ghetto », comme disent les rappeurs, son terrain de jeu, d’affaires et de galère qu’il ne quitterait pour rien au monde. Mais il a bien failli y sombrer. Il y a six ans, ce beau gaillard avait l’allure de ces gamins hâves qui errent dans la mégapole. Des miséreux et des gosses de riches malingres aux yeux rougis qui semblent fournir un effort considérable pour retenir leurs délires et leurs pulsions. « J’ai été un junkie dealer, dangereux sous crack, cool sous marijuana, mais j’étais comme un fantôme pour ma famille.

Plus personne ne s’occupait de moi. » Il se gare, baisse le son et reprend : « Je pleurais souvent et je continue de pleurer en pensant à mes amis morts ou devenus mendiants. Moi, j’ai réussi à m’en sortir, car je n’en pouvais plus de voir ma mère si triste. »

 

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_ Jeunesse dorée et ravagée

Aujourd’hui débarrassé de son addiction, Aboubakar est marié et père de deux enfants. Il gère son petit business de textile et se veut un créateur de djellabas branché. Depuis trois ans, il sillonne la ville pour venir en aide aux nombreux consommateurs de drogue qui hantent ce gigantesque carrefour commercial sahélien. Autoproclamé « Versace de Kano », il a créé son association, Yafoda, sans véritables moyens. Il y a bien quelques dons, comme cette camionnette, fournie par des jeunes de la bourgeoisie qu’il a sortis des filets de la drogue.

 

Ce qui n’est pas le cas de Jamal et de Bashir. Ils font partie de cette jeunesse dorée mais ravagée. Tous deux sont des « fils de ». Le premier, 32 ans, visage émacié, anglais d’Oxford, diplôme d’administration publique en poche. Son père est un politicien influent de la ville. Le second, 28 ans, beau gosse affable, dents ravagées par les acides, diplômé en chimie. Son père a été ministre du dictateur Sani Abacha (1993-1998), natif de la ville.

 

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Avec leur ami Beny, fils d’un riche industriel indien qui possédait des usines à Kano et un centre commercial à Dubaï, ils ont goûté à la drogue et ont sombré dans la cocaïne. Dans ce pays où 80 % de la population vit avec moins de 2 euros par jour, selon les chiffres de la Banque mondiale, le gramme s’écoule à 12 000 nairas (30 euros). Beny a quitté Kano il y a cinq ans pour aller « étudier ». Il a été retrouvé mort d’une overdose dans une chambre d’hôtel de New York. Ses copains restés à Kano n’ont plus les moyens de sniffer de la coke et enchaînent les pipes de crack alors que résonne l’appel à la prière. « On est privilégiés, diplômés mais sans emploi et marginalisés.

 

Tout le monde se drogue dans cette ville, riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes, soupire Bashir. Kano est étouffante avec le poids de l’islam, de la tradition, on est coupés du monde moderne. Et puis Boko Haram nous angoisse, alors on se défonce et on prend plus de drogue que de bouffe. »

 

Le groupe djihadiste a tenté de semer la terreur dans la ville en faisant exploser des bombes sur les marchés, dans la grande mosquée ou dans une université. La dernière attaque remonte à l’été 2015 lorsqu’une jeune femme a activé sa ceinture d’explosif devant la mosquée centrale, ne tuant qu’elle-même. Mais un autre fléau, silencieux, menace la ville qui figure en première place des lieux où l’on consomme de la drogue au Nigeria, selon les statistiques officielles.

 

Et ce depuis 2013. Le gouverneur de l’Etat de Kano, Abdullahi Umar Ganduje, est débordé par l’ampleur du phénomène et s’est dit préoccupé par l’augmentation de la consommation par les femmes. Très régulièrement, il ordonne la destruction de tonnes de cocaïne, de marijuana, de métanphétamines et de milliers de cartons d’autres stupéfiants découverts dans des entrepôts d’usines désaffectées. Plus de 14 millions d’euros de drogues brûlés ces quatre dernières années, selon les autorités.

 

 

_ Angles morts de la ville

Dans les locaux de la police islamique, on peut apercevoir des essaims de jeunes arrêtés dans les cimetières, les usines à l’abandon ou dans les angles morts de la ville. Dans un bureau sombre s’entassent des bouteilles de sirop contre la toux, des cartons de colle, de Tramadol, de cachets contre le cancer importés du sud du pays mais aussi du crack, de la cocaïne et de la marijuana. Un échantillon des drogues les plus prisées. « Nous estimons avoir considérablement réduit la prostitution et, désormais, la lutte contre le trafic et la consommation de drogue est notre priorité mais elle est partout dans la ville », explique Abba Sufi, directeur de la « police de Dieu », chargée de faire respecter la charia.

Comment expliquer que la consommation de drogue dans l’Etat de Kano, où la loi islamique est en vigueur, est la plus élevée du pays ? « Ce n’est pas une cause religieuse mais sociale et puis la drogue vient du sud du pays et de pays non musulmans. La religion peut aider à résoudre ce problème. Toutes les solutions sont dans la charia », n’hésite pas M. Sufi.

 

« Fela », 31 ans, connaît bien ces lieux. Au nom de Dieu, les consommateurs de drogue interpellés sont punis de quatre-vingts coups de fouet. Ce petit trafiquant donne rendez-vous dans son quartier de Kawo, l’un des plus pauvres de la ville. Petit homme vif et débrouillard, il n’a pas connu son père, libanais, qui ne l’a jamais reconnu et vit modestement du trafic de drogue. Sa zone de vente est une artère poussiéreuse, bordée de maisons indigentes, traversée de pylones électriques censés fournir de l’énergie au Niger voisin. Parmi ses clients, il y a cette grappe de jeunes défoncés qui errent avec une peluche d’ours sur la tête, des bouteilles de sirop dans la poche ou encore de ce liquide utilisé pour embaumer le corps des défunts, le « suck and die ».

 

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Avant de se raconter, « Fela » sort de sa chaussette un tube de rustine Rolling Sun. Il étale un peu de la pâte sur un bout de tissu qu’il cale dans sa bouche et respire nerveusement. Dans le même temps, il se roule un joint : « Je me drogue depuis que j’ai 13 ans. Ma petite amie libanaise de l’époque me donnait de l’argent pour que j’achète du sirop contre la toux, de l’herbe, de la coke qui était bonne pour le sexe… Elle aimait bien mon côté gangster. Mais elle est partie à Londres. Moi, mes parents m’ont rejeté, et je me débrouille. A 17 ans, je me suis mis à dealer et je gagnais 10 000 nairas en quelques minutes. J’allais me fournir en tout ce que tu veux à Lagos. Je n’ai pas arrêté. »

 

Le crime organisé nigérian utilise Kano comme plaque tournante sahélienne pour l’héroïne, destinée notamment à l’Arabie saoudite, rappelle le spécialiste Stephen Ellis dans son dernier livre This Present Darkness (Hurst, 2016, non traduit). Faiblesse de l’Etat oblige, l’histoire se répète. Au début des années 1950, la mafia libanaise en avait fait une étape pour acheminer la drogue de Beyrouth à New York. A la tête de ce cartel, un certain Chagoury dont l’un des descendants est aujourd’hui un multimilliardaire libano-nigérian qui a fait fortune dans le bâtiment, les télécoms, l’immobilier, la santé… « [La saga Chagoury] nous révèle à quel point le commerce d’héroïne a pu être une source de financement pour démarrer d’autres formes d’entreprises », écrivait l’historien Stephen Ellis dans son dernier ouvrage, paru près d’un an après sa mort, en juillet 2015.

 

 

_ « Voleur d’enfant ! »

Bien loin des milliards de Lagos, installé sur les caisses de soda d’une échoppe décharnée de son quartier, « Fela » tire une grande bouffée sur son joint d’herbe pure et reprend : « C’est mieux de prendre de la drogue que de rejoindre Boko Haram. On en est là. Au nord du Nigeria, on ne rêve plus. Regarde autour de toi, ici comme au centre-ville, les gens sont tristes. Alors, si t’es pauvre et drogué, t’es mort. Moi, je veux m’en sortir et être assez fort pour suivre Aboubakar qui est comme un ange des drogués de Kano. » Avec son association Yafoda, Aboubakar est le seul à venir en aide à ces marginaux. Nul ne prête plus attention à eux, si ce n’est ce repenti, que l’on retrouve dans une travée remplie d’ordures et d’eaux stagnantes où vivent des moustiques, des rats et des enfants des rues. Parmi eux, il y a « Sokoto », 10 ans. Son surnom est celui de sa ville, à 350 km à l’ouest, capitale de l’ancien empire fondé au début du XIXe siècle à la suite du djihad mené par Usman dan Fodio.

 

Les yeux vitreux, un chiffon rempli de colle dans la bouche, il semble égaré, avide de quitter cette allée sale où lui et ses copains se nourrissent de rats d’égout qu’ils mangent crus. Avec douceur, Aboubakar lui propose de l’extraire de cet enfer, de contacter ses parents et de lui offrir un billet de bus pour rentrer à Sokoto. Il louvoie, se tourne vers ses amis défoncés, devenus agressifs. Puis Aboubakar l’entraîne, accélère le pas, ignore les cris « enlèvement ! », « voleur d’enfant ! », le prend dans ses bras puis l’installe dans sa camionnette et démarre. Mais, à un feu rouge, Sokoto s’enfuit. L’appel de la rue, de la drogue, a été plus fort.

 

Par Joan Tilouine (Kano, Nigeria, envoyé spécial) / LE MONDE Le 12.09.2016/ Mis à jour le 12.09.2016/

 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/12/a-kano-au-nord-du-nigeria-un-ange-face-au-fleau-de-la-drogue_4996501_3212.html

 

 

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8 – Crimes rituels : sur l’autel de la puissance et de l’impunité

 

Enfants kidnappés, albinos massacrés, cadavres mutilés… Pour s’attirer fortune et pouvoir, certains monnaient cher cérémonies macabres ou trafics d’organes. Enquête sur un scandale qui, étrangement, refait surface avant chaque élection. C’est une litanie fortement déconseillée aux âmes sensibles, un long martyrologue dont les journaux du continent font leur miel, la chronique d’une barbarie ordinaire et terriblement actuelle.

 

Dimanche 25 mai 2014, quartier Mimboman, à Yaoundé, Cameroun : pour la troisième fois en deux semaines, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert, gisant dans les broussailles, à quelques dizaines de mètres du terrain vague où, il y a un an et demi, sept de ses soeurs d’infortune avaient été éventrées. Mercredi 14 mai, province de Simiyu, dans le nord de la Tanzanie : pour la énième fois, la police procède à l’arrestation d’un couple de guérisseurs, meurtriers d’une albinos dont ils avaient prélevé les jambes après l’avoir massacrée à coups de hache.

 

État de Benue, sud du Nigeria, le même jour : deux adolescents rescapés par miracle racontent comment ils ont été enlevés sur le chemin de l’école et amenés dans une clairière, où une dizaine de jeunes attachés l’un à l’autre attendaient d’être décapités sur l’ordre d’une vieille femme. Ibadan, troisième ville du Nigeria, le 22 mars. Une unité antigang donne l’assaut à une bâtisse abandonnée, férocement défendue par des miliciens armés de fusils, d’arcs et de machettes. À l’intérieur de ce que la presse appellera « la maison de l’horreur » : un cauchemar de squelettes, de corps découpés, et quinze prisonniers enchaînés dans un état de malnutrition extrême.

 

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De la Côte d’Ivoire à l’Afrique du Sud, du Togo au Kenya, des enfants, des handicapés, des adultes continuent d’être engloutis dans la spirale mortifère de la fascination pour les valeurs matérielles et les enjeux de pouvoir.

 

Makokou, chef-lieu de la province de l’Ogooué-Ivindo, lieu de haute concentration fétichiste dans le nord-ouest du Gabon, en février : la police enquête sur le cas d’une douzaine de Camerounaises disparues sans laisser de traces. Ici comme ailleurs, de la Côte d’Ivoire à l’Afrique du Sud, du Togo au Kenya, des enfants, des handicapés, des adultes continuent d’être engloutis dans la spirale mortifère de la fascination pour les valeurs matérielles et les enjeux de pouvoir. Les crimes rituels et les trafics d’organes sont devenus un commerce transnational, attractif et florissant où tout s’achète et tout se vend en pièces détachées : coeur, yeux, pénis, clitoris, cerveau, membres, cheveux, ongles, sang, langue…

 

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Les organes les plus prisés, donc les plus chers (jusqu’à l’équivalent de 2 000 euros, voire trois fois plus lorsqu’il s’agit de rémunérer en outre l’assassin fournisseur), étant ceux des albinos, des métis, des Pygmées, des jumeaux et de leurs parents. Dans un pays comme le Nigeria, à la pointe de l’innovation mercantile en ce domaine, plusieurs « usines à bébés« , où des femmes venaient livrer contre rémunération leur progéniture à des fins de mise en pièces, ont ainsi été démantelées en 2011 et 2012. Personne ne se fait d’illusions : ce n’était là que la partie émergée d’un iceberg de meurtres rituels.

 

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_ La peur du vampirisme

Partout, le niveau de fréquence de cette criminalité s’accroît brusquement à l’approche des échéances sociales et politiques, surtout par temps préélectoraux. Au Gabon, au Cameroun, dans les deux Congos, en Afrique de l’Est, au Nigeria et jusqu’en Guinée-Bissau, la population vit alors un état de stress permanent. Reviennent le syndrome de la voiture aux vitres teintées qui guette les gamins isolés à la sortie des écoles et la danse macabre des visiteurs nocturnes de cimetières à la recherche frénétique d’ossements humains. On évite les plages et les ruelles mal éclairées. La peur du vampirisme est omniprésente.

 

Pour fondée qu’elle soit – les exemples de politiciens ayant recours à ce type de pratiques sont nombreux -, cette psychose collective récurrente n’en est pas moins admise comme banale et culturellement intégrée par les populations. Presque toutes les personnalités occupant des postes supérieurs dans la fonction publique, les ministres et en premier lieu les chefs d’État passent en Afrique centrale pour des individus à qui la sorcellerie a été favorable. Et il est courant, à Brazzaville, Libreville, Kinshasa ou Kampala, que la richesse des hommes d’affaires et le pouvoir des politiques soient appréhendés, ainsi que l’a analysé l’universitaire gabonais Joseph Tonda, « sur le schéma de la mise à mort des autres et de leur consommation ».

 

Ce pouvoir sorcier, que l’on détient après avoir « mangé », au sens propre ou occulte, le principe vital d’une victime, voire de son propre enfant, explique souvent aux yeux de l’opinion l’ascension sociale, la fortune, ou encore le maintien indéfini sur le trône présidentiel. Après tout, les chefs d’État africains ne sont pas les derniers à déambuler dans un univers ésotérique et mondialisé peuplé de magie vaudoue ou indienne, de kabbale new age et de talismans chamaniques. L’animal totem d’un Mobutu n’était-il pas la panthère carnivore ?

 

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Dans des pays où le fétichisme politique cohabite avec de très fortes inégalités sociales, il n’est pas étonnant que la classe politique soit systématiquement accusée de commanditer des meurtres rituels.

 

Dans des pays où le fétichisme politique cohabite avec de très fortes inégalités sociales et où la réussite dépend beaucoup plus de l’appartenance à une famille et à un clan qu’au travail individuel de chacun, comme au Gabon, en Guinée équatoriale, au Congo voire au Nigeria, il n’est pas étonnant que la classe politique soit systématiquement accusée de commanditer des meurtres rituels, lesquels demeurent généralement impunis, afin de brûler les étapes qui la mènent au sommet.

 

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_ Fables d’anthropophagie

Certes, nous sommes ici aussi dans le domaine empoisonné des fausses rumeurs, comme celle des « voleurs de sexes », restée fameuse et qui fit des dizaines de victimes innocentes lynchées à mort au Sénégal, au Ghana, au Gabon et au Nigeria, entre 1999 et 2001 – et qui vient de réapparaître à Nkongsamba, au Cameroun, début 2014. Certes, la fable colportée par ses opposants selon laquelle le président équato-guinéen Obiang Nguema aurait pour habitude de dévorer des testicules humains n’a pas plus de réalité que l’anthropophagie attribuée à Jean-Bedel Bokassa ou que le vampirisme des rabbins russes du XIXe siècle, coupables, selon la police du tsar, de confectionner du pain azyme avec le sang des chrétiens.

 

Il n’empêche : qu’on le veuille ou non, les crimes rituels sont une réalité qu’il convient de dénoncer et de punir, alors que la justice et la police sont trop souvent impuissantes, tétanisées voire complices face à ce phénomène en pleine expansion. Il serait également souhaitable, sauf à courir le risque de voir leurs analyses constamment démenties par les faits, que les diplomates, ONG, institutions financières et médias occidentaux sortent de leurs prismes européo-centrés et prennent sérieusement en compte cette « autre Afrique » au sens large, surtout lorsqu’ils prétendent décrypter les trajectoires des politiciens et les élections pluralistes.

 

Ces croyances et leurs expressions parfois tragiques s’imposent à tous les acteurs de la scène politique et économique africaine, y compris à ceux – et ils sont nombreux, particulièrement dans les sphères dirigeantes – passés experts dans l’art de renvoyer à leur interlocuteur venu du Nord le visage et le langage que ce dernier attend d’eux. Peau noire, masques blancs…

 

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Du pain bénit pour la presse

 

Les images de mauvaise qualité étalées en une des quotidiens sont insoutenables, le titre sans équivoque : « Crimes rituels », l’expression fait vendre. Entre fantasme et réalité, les récits et les conclusions les plus hasardeuses noircissent une presse avide de sensations fortes et qui trouve sans difficulté un lectorat paranoïaque. Cette brusque flambée de notoriété est récente, explique François Ndjimbi, directeur de la rédaction de Gabonreview.com : « Avant la diffusion d’un reportage intitulé Les organes du pouvoir sur Canal+, puis l’intervention de la première dame du Gabon, ces crimes étaient traités normalement dans les pages des faits divers. »

Depuis, les histoires se sont multipliées, au risque de conclure au crime rituel un peu vite. Au Cameroun, un homme d’affaires a été jeté en pâture à l’opinion publique par un ministre, ruinant durablement la réputation du businessman. Tout récemment, dans le cadre des expulsions de migrants RD Congolais du Congo-Brazzaville, certains d’entre eux ont été accusés sans preuve par les médias d’avoir volé des enfants à des fins rituelles.

 

Michael Pauron/

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10 juin 2014/ Par François Soudan et Michael Pauron

 

http://www.jeuneafrique.com/52736/politique/crimes-rituels-sur-l-autel-de-la-puissance-et-de-l-impunit/

 

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