La pandémie de Covid-19 et ses « après »

11 mai 2020 | Auteur: | AFRIQUE/SOCIAL / SANTÉ, RECOMMANDE, REFLEXION/ PENSEE, SOCIAL / SANTÉ | Aucun commentaire   //   vu 34 fois

Comment réfléchir, au cœur d’une pandémie ? Devant l’énormité des enjeux soulevés par la crise du Covid-19, nous voilà tous submergés par une tempête d’informations, noyés dans un inconfort multiforme, qui sature nos capacités de réflexion.

Les chercheurs et chercheuses en sciences sociales de la santé que nous sommes n’y échappent pas. Peut-être, l’un des plus grands paradoxes à explorer est le suivant : alors que, tous les ans, le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose tuent des millions de personnes dans un désintérêt grandissant, que les norovirus responsables des gastro-entérites en tuent plus de 200 000 (dont une grande majorité de petits enfants) dans l’indifférence générale, voici une infection respiratoire plus virulente que les infections habituelles à coronavirus et le monde entier, ou presque, s’« arrête », se confine en dépit des effondrements économiques annoncés, et compte ses morts dans un rituel médiatique quotidien lugubre, qui noie la pensée dans un flot de chiffres continu, jamais mis en perspective. Certes, tout en étant profondément inégalitaire vis-à-vis des personnes les plus vulnérables biologiquement et socialement, l’épidémie de Covid-19 montre que l’Europe et les États-Unis ne sont pas – ne sont plus – à l’abri. Mais cela ne suffit sans doute pas pour comprendre ce qui se joue. Après tout, l’épidémie de cancer fait désormais 157 000 morts par an (plus de 400 par jour) rien qu’en France, et la grippe saisonnière tue environ 60 000 personnes tous les ans en Europe d’après l’OMS, et ce alors même qu’un vaccin existe. Mais cela ne déstructure pas nos sociétés ou ne suscite un intérêt ne serait-ce qu’approximativement comparable à celui de la pandémie en cours. L’exception du coronavirus se joue donc sans doute moins dans son bilan chiffré que dans une réaction planétaire à sa présence. Ces réactions, et leur contraste, ou leur absence de contraste, sont peut-être une des premières prises pour penser cette situation.

Affichage entre Kloof_St. et Long St, Cape Town, Afrique du Sud

Comment réfléchir, donc ? Le premier pas est sans doute de multiplier les perspectives et de ne pas cogiter seul – raison pour laquelle nous avons souhaité ouvrir cet espace de réflexion bienveillant, pour penser à voix haute, rendre disponibles les idées – ou les bribes – des uns et des autres, pour faire sens du présent de cette expérience collective exceptionnelle. Nous proposons aussi d’aller au-delà, de multiplier les « après » en ouvrant les possibilités critiques et constructives à partir d’un « ailleurs » géographique et théorique : des perspectives du Sud mais aussi des perspectives combinées venues d’Europe et d’Afrique, des pensées du Sud et du Nord.

Après tout, la « catastrophe » que nous découvrons aujourd’hui en France et en Europe n’est pas tant une inconnue pour une partie de l’humanité, notamment en Afrique : triages médicaux, saturation des hôpitaux, rationnement des tests, masques et thérapeutiques, enterrement anonyme sans présence des proches, manifestations alertant sur l’état des services publics, autant d’aspects presque banals sur la scène de la santé publique africaine. L’Afrique, dans la pluralité des situations et des réponses apportées, devient un miroir pour penser les différents futurs possibles, les multiples « après », autrement que comme un inexorable retour à la normale après la « résolution » de la crise.

Marchand de masques à Brazzaville

Depuis la France on a l’impression que la question de l’après est essentiellement amenée sous l’angle de l’adaptation : sociale avec la distanciation, numérique avec le tracking, les réunions et la continuité pédagogique par écrans interposés. Sous couvert d’innovation, se dessine un chemin tout tracé du confinement à la surveillance cybernétique en passant par le télétravail dans le brouillage de l’espace domestique et professionnel. Loin de questionner le capitalisme au cœur de la situation épidémique, le capitalisme numérique serait donc la solution. On aimerait penser des après qui incitent à adopter une perspective critique en empruntant une série de pistes que l’on peut observer et suivre depuis le continent africain : l’invention d’autres rapports au vivant, autour et dans le soin ; les nouvelles mobilisations collectives, l’économie morale du don, les différents espaces sociaux d’intégration de la mort dans la vie, à l’hôpital et en dehors ;  la mise en commun des ressources de santé et leur usage collectif ; improvisation d’un soin malgré les pénuries de matériels biomédicaux ; l’Afrique comme lieu de mise en œuvre de politiques publiques conçues ailleurs ; les conséquences à long terme de l’aide sanitaire d’urgence et bien d’autres sujets pourraient être explorés.

Cette perspective incite à observer des ponts entre espaces de privation socioéconomique au Sud comme au Nord, autrement que comme des poches de résistance à des injonctions « scientifiques et nécessaires ». L’objectif est d’écouter ce qui se passe en Afrique mais aussi éventuellement questionner certains impensés ou présupposés au cœur de la crise et sa réponse en France et au Nord. Quels rapports aux inégalités sociales, à la race et au genre? Quelles injustices structurelles s’insinuent dans des politiques de confinement d’abord présentées comme consensuelles – mais qui, à chaque jour de confinement supplémentaire, le sont de moins en moins ?

Maintenant, cette initiative nous met devant la difficulté de la « pensée confinée ». Si la distanciation fait partie de la démarche en sciences sociales, la « distanciation sociale » pose problème en nous empêchant d’utiliser notre outil de collecte de données favori : notre corps, et surtout, à travers lui de créer les situations permettant d’échanger avec les personnes concernées, d’observer, de sentir ce qu’une configuration sociale nous fait. Comment réfléchir en sciences sociales sans véritable terrain, ou par le prisme d’un écran de visioconférence? Comment faire de notre réflexion autre chose qu’une revue de presse ou de notes anecdotiques d’un quotidien enfermé? La construction de l’objet, qui est radicale en sciences sociales, l’est dans ce contexte peut-être plus encore.

Notre expérience de recherche en sciences sociales de la santé mondiale, en sociologie politique et du développement en Afrique devient dans ce contexte une ressource – pour faire un tri dans l’information surabondante, et pour poser des questions à la lumière de nos connaissances et nos vécus d’éléments passés. Non pas pour tirer des « leçons » mais pour questionner des dispositifs institutionnels et scientifiques qui tendent à dépolitiser les enjeux sociaux et sanitaires majeurs que soulève cette pandémie – souvent en réinventant sans cesse une contemporanéité dans l’urgence, qui exclut l’histoire et l’avenir de la réflexion. C’est en ce sens que nous souhaitons inviter les contributeurs à cette rubrique à s’extraire, au moins en partie, du diktat de l’immédiat pour partager ce que nous appelons, avec un clin d’œil un brin académique, leurs « pensées post-coroniales ».

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« Le verbe est créateur, il maintient l’homme dans sa nature propre. Dès que l’homme change de verbe, il change de moule, de nature et se mue dans un autre moule qui fait qu’il devient une espèce qui n’est plus l’homme ». Cette pensée du Sage Ahmadou Hampâté Ba, m’est revenue à l’esprit dans mes méditations d’un confiné, à temps partiel et en télétravail, sous couvre-feu, pour cause de pandémie à Coronavirus/Covid 19. Et j’ai donc décidé de demeurer dans mon moule, en usant du verbe créateur et communiquer. Aux communicants.

Communicants du monde entier, en sommes-nous arrivés à nos limites ? Quid de l’anticipation ? Qu’en est-il de la prospective dans notre domaine ? Quelle est la portée de nos stratégies en période de crise ? Sommes-nous vraiment à l’écoute de notre société ? Laquelle, du reste muée en village planétaire depuis le début de ce siècle, et qui a coïncidé, à la fin du siècle précédent, avec la fin de la dualité permanente, Est Vs Ouest, Nord Vs Sud ? Et qui a, tout aussi, vu la disparition de cette notion-outil et non-opérante de Tiers-monde ?

Liant ainsi, à maints égards, le destin de l’humanité à l’instantanéité de l’information avec la révolution cybernétique ! Internet, cet outil mis à notre disposition ne devrait pas nous asservir au point de perdre le Nord.

Communicants, journalistes, publicistes, marqueteurs, face à cette crise du Covid 19, en mêlant nos savoirs pratiques et théoriques, à l’aune des médias sociaux, la problématique à élucider est de savoir quelles sont les effets de nos stratégies en cette période de crise…mondiale

Le pragmatisme devrait-il l’emporter sur les postulats académiques ? Il y a plus de 20 ans, l’un des éminents éditorialistes francophone s’interrogeait en interrogeant : « Les incessants progrès de la chirurgie, de la médecine et de la pharmacie sont angoissants : de quoi mourra-t-on dans vingt ans ? ». Dixit Philippe Bouvard in « Journal de Bouvard » (édition 1997).

Dans le même élan, une décennie avant lui, un autre éminent journaliste français, François-Henri De Virieu, dans une édition de sa célèbre émission, « L’Heure de vérité », prévenait que nous entrions dans l’ère de la « Médiacratie ». La médiacratie désignant un régime politique ou une organisation sociale dont le mode d’organisation et le mode de fonctionnement seraient censés être placés, de fait, sous l’empire des médias. N’est-ce pas le cas, corrélativement à la situation actuelle ?

Il est donc temps, grand temps, de revoir nos copies et nous replacer au cœur de la riposte contre le Covid 19 ! Et ne pas subir les effets pervers des thèses complotistes et/ou populistes, clientélistes et/ou partisanes, mais, a contrario, en donnant la voie à suivre.

Ne faisons pas de la communication en cette période de crise comme de la chirurgie esthétique. Car, quand ça se voit c’est que c’est raté ! Il n’est pas tard, pas du tout.

Dans cette offensive contre la pandémie, barrons aussi la route aux nombreux « experts » qui pensent faire notre travail d’information et de communication à notre place ! Renouons la confiance avec le public, le peuple ! Ce n’est pas un débat, c’est notre devoir, notre responsabilité !

Assumons nos faiblesses, faisons appel à d’autres intelligences pour calibrer nos messages en fonction de notre cible : tout le monde ! En ces temps qui tanguent, c’est nous qui devons mener à bon port la barque de la Com, les scientifiques et politiques font leur travail, donnons-leur de comprendre la portée heuristique et sociétale du nôtre. Sachons capter avec eux la bonne information, le bon axe de communication et la stratégie pour la diffuser se fera de façon évidente. La vérité n’a pas de contraire mais elle a un opposé : le mensonge. Ne mentons pas, ne nous mentons pas et la vérité, tel le bon sens, pour paraphraser Descartes, sera, du Monde, la chose la mieux partagée. Bien à vous.

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